kerel

Kérel a gardé d'une enfance dans l'Est la bible rimbaldienne, celle qui a fait sauter la banque comme dit joliment Alain Borer ; une énigmatique formule que nous n'avons pas épuisée : « on ne part pas » et c'est pourquoi Kérel part.

Vers et prose donc, encore une formule, parce que le dialogue entre les formes l'occupe beaucoup, comme la vraie nature de la prose (si même il y a prose, dirait Mallarmé). Gide pontifiait : « une bonne définition de la poésie ? Je n'en vois plus d'autre valable, que celle-ci : la poésie consiste à passer à la ligne avant la fin de la phrase » ; comme il alterne dans ce livre vers et prose, récit et carnets, ça ne me semble pas si facile de savoir où ça coupe et pourquoi. 

Surtout il y a la géographie, le paysage donc, par où on passe à autre chose. Inclination toute personnelle qui emmène par exemple sur une plage, avec un pseudonyme et un personnage, c'est-à-dire un hétéronyme (je suis loin d'être allé partout où Kérel est allé). Claudel dit quelque part que le paysage est la dramatisation de la rencontre du ciel et de la terre. Kérel n'a pas cette religion, l'impossible trinité ; mais on peut composer la sienne en espérant qu'elle ira plus loin que nous ; c'est-à-dire à l'Ouest d'à peu près tout. Et puisqu'il faut croire à quelque chose quand on écrit, enfin c'est soncas, sachant depuis le grand siècle que ce dieu de la littérature est la littérature même, les pierres ou l'île sont pour Kérel la manifestation de ce dieu (minuscule). Il faudrait que la Maison en dise un peu là-dessus, au moyen de la prose et du vers, du carnet ; la trame narrative, et le personnage, sont tendus quelque part entre ces conjectures et la nécessité de s'inventer un lieu où vivre, quand on croit l'avoir trouvé.

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